Quelles articulations observe-t-on entre les parcours migratoires
d'individus, les pratiques et les institutions religieuses qui jalonnent
ces itinéraires ? Comment les pratiques religieuses des migrants
africains se réajustent-elles en situation de migration dans
le nord de l'Afrique, et comment les instances confessionnelles
s'organisent-elles pour les accompagner ?
Ce dossier de L'Année du Maghreb tente de répondre à ces questions.
Il est conçu à partir de travaux de terrain allant du Sénégal au
Liban en passant par le Maroc, la Tunisie, l'Égypte, le Soudan, et le
Burkina Faso. Réalisés par des chercheurs de diverses disciplines,
ils montrent que ces changements ne se situent pas seulement
au niveau de la pratique religieuse, mais aussi - et c'est l'angle
original des articles présentés - qu'ils participent à la redéfinition
de certaines institutions, des représentations de soi et du monde
environnant. Des étudiants africains d'Al-Azhar aux migrants chrétiens
accueillis par l'Église évangélique au Maroc, les analyses témoignent
que la religion représente souvent une ressource lors
de la migration ; mais aussi que la migration africaine questionne
les institutions religieuses à travers l'ensemble de l'Afrique méditerranéenne.
Les migrants africains, chrétiens ou musulmans,
étudiants, aventuriers, travailleurs, pèlerins ou commerçants sont
aujourd'hui les nouvelles figures d'altérité avec lesquelles les sociétés
au nord du continent doivent composer. Cette présence migratoire,
inédite par son ampleur, invite des sociétés qui se sont
construites sur un discours nationaliste valorisant l'homogénéité à
prendre acte d'un possible pluralisme religieux.
Second volume de l'année 2014, le numéro 11 de L'Année du
Maghreb intègre aussi les chroniques politiques détaillées de l'année
2013 dans les cinq États composant le Grand Maghreb. Parmi
les premières tentatives d'écrire l'histoire en train de se faire, ces
chroniques constituent un outil indispensable à la compréhension
des enjeux d'une actualité brûlante.