«On se moquait de lui, mais il roulait tout le monde dans sa tête :
personne ne pouvait comprendre la vraie joie épanouie coulant d'eau de
source, immense comme le ciel et la terre, l'état de grâce que lui donnait
la longue journée d'efforts et de plaisirs passée à faucher l'herbe du
pré de la Pierre.»
La fièvre n'a pas abattu Léonce quand il était petit. En le laissant
sourd, elle lui a fermé les oreilles aux quolibets du village. Il aurait pu
vivre comme un imbécile heureux dans ce coin rugueux et odorant de
la montagne savoyarde. Mais son épouse, la frétillante Madeleine,
s'est changée en glaçon après avoir mis au monde l'enfant inespéré.
Elle craint peut-être que son mari, géant au coeur tendre, ne perde la
tête sous le fatras de malchance qui pèse sur lui...
Le corps vigoureux de Léonce frémit de rage contenue, et ni Albertine,
sa fille vénérée, ni Maryse, son amante, ne semblent en mesure
d'adoucir ses tourments.