Les travaux réunis dans cet ouvrage sont le fruit de plusieurs journées d'étude
consacrées au thème des situations d'urgence et des droits fondamentaux. Les
différentes études s'articulent autour d'une approche à la fois théorique et pratique
du droit de l'urgence. Il s'avère que ce dernier est une notion particulièrement fluide
et protéiforme où s'opposent deux conceptions de l'humanitaire. Nous trouvons tout
d'abord une conception objective qui se caractérise par un droit mettant en oeuvre
des pouvoirs exorbitants du droit commun dans les situations de catastrophe
naturelle, de guerre ou de génocide. Le droit de l'urgence est inspiré par des
sentiments de solidarité et de responsabilité éprouvés par une société vis-à-vis de
ses semblables et des générations futures. Mais, il existerait aussi une conception
subjective des droits de l'homme et de l'urgence. Au-delà de l'État et des règles
purement formelles, il y aurait un sujet de droit sans frontière qui serait l'Autre et
pour lequel sa vulnérabilité primerait le droit formel et les obligations légales.
Une approche plus pratique de l'urgence est analysée dans la seconde partie qui
met en évidence la fâcheuse tendance à sacrifier l'essentiel à l'urgence. La
dichotomie ingérence/droits fondamentaux met en exergue que la première peut
avoir des résultats positifs sur le court terme mais aléatoires sur le long terme. Les
tensions entre les droits fondamentaux et la réalisation de certaines politiques
publiques apparaissent de plus en plus fréquentes et fortes. L'environnement
économique et géopolitique a renforcé et amplifié les antagonismes entre la «bonne
gouvernance» et les situations d'urgence. Entre le vieux principe classique de non-intervention
dans les affaires intérieures des États et le droit d'ingérence
humanitaire, il y a de la marge sans doute pour un droit international équilibré et
mesuré.