L'Espagne est dotée d'un État complexe, particulièrement sensible en
matière de «projection extérieure». La Constitution réserve certes à l'État
central l'exclusivité en matière de «relations internationales», mais c'est sans
définir le contenu de cette dernière expression : elle n'empêche
théoriquement pas que le pouvoir des Communautés autonomes ait une
dimension internationale. L'État central n'a d'exclusivité que sur un «noyau
dur» des relations internationales, à savoir les relations de l'Espagne avec les
autres États indépendants ; les communautés autonomes peuvent donc en
principe développer des actions en direction de l'étranger qui ne soient pas
contraignantes pour l'État central, ne le représentent pas et n'affectent pas sa
politique extérieure.
Les limites sont toutefois très ténues : l'Union européenne est-elle encore
un objectif de politique extérieure ou un sujet de politique intérieure ?
L'Amérique latine n'est-elle pas aussi une zone où l'action des
Communautés intervient en parallèle, de manière complémentaire ou
concurrentielle avec celle de l'État ? Et, en matière d'aide au développement,
les recoupements ne risquent-ils pas aussi de se multiplier ?
La Généralité de Catalogne, dont le statut est en cours de mutation,
possède aujourd'hui en Espagne le dispositif de relations avec l'étranger le
plus étoffé. Angélique Bizoux dresse dans cette synthèse un inventaire
détaillé des ressources et manifestations de cette protodiplomatie.
Au-delà de la situation catalane, le livre donne une très sérieuse matière
à réflexion sur les processus en cours de remodelage de l'identité en Europe.