Albert Bouche (1909-1999)
Un frontalier en liberté
Témoin actif et engagé de bien des événements du vingtième siècle, Albert Bouche (1909-1999) a connu une destinée inhabituelle. Né dans une famille ouvrière du textile installée à Wattrelos (banlieue de Roubaix) et profondément catholique on verra comment ce sont les événements historiques contemporains de sa jeunesse (Première Guerre mondiale, longue grève qui suivit en 1921) qui l'ont orienté vers une voie tout à fait inattendue (celle de l'Ordre dominicain). Il fit ainsi sans jamais renier ses origines sociales, des études supérieures de très haut niveau, inaccessibles à la quasi-totalité des enfants d'ouvriers. Pendant la première moitié de sa vie d'adulte, il tendit toutes ses forces à essayer de concilier l'idéal chrétien avec la lutte pour l'émancipation et l'éducation ouvrières. Les obstacles mis sur sa route par la hiérarchie catholique l'obligèrent, à quarante-cinq ans, à changer complètement son orientation : il dut quitter l'Église, exerça des fonctions dans la grande industrie et fonda une famille. Cette rupture lui ouvrit un vaste champ de recherche intellectuelle. Devenu agnostique, il poursuivra jusqu'à sa mort un travail de chercheur en philosophie des sciences, tout en participant activement aux luttes politiques et sociales de son époque. Sa vie couvre presque l'ensemble du vingtième siècle.