Dans le vaste débat qui refait jour sur l'époque coloniale, les
études sur les rapatriés font plutôt figure de parents pauvres.
L'image des colonisés et les guerres de décolonisation - surtout
la guerre d'Algérie - ont la part belle alors que les politiques de
rapatriement et d'intégration ont tendance à être passées sous
silence. Il convenait donc - et c'est ce que ce travail propose de
faire - d'étudier ce qu'avaient vraiment été les mesures d'accueil
et d'aides prévues par les pouvoirs publics à l'époque des décolonisations
ainsi que l'ensemble de la politique d'intégration
qui a suivi. Y avait-il eu négligence et mépris à l'égard des rapatriés
comme cela était largement raconté ? L'Etat français a-t-il
failli dans sa mission intégratrice ?
Sont aussi analysés les rapports complexes qui ont lié les
pouvoirs publics et les rapatriés, représentés par leurs associations,
des années 1960 jusqu'à nos jours. Comment certaines
d'entre elles ont réussi, petit à petit, à s'imposer aux hommes
politiques comme des interlocuteurs valables et à faire prendre
en compte leurs revendications ? Des succès du Recours au
vote de la loi du 23 février 2005, certaines associations pieds-noirs
ont prouvé leur influence à l'intérieur de notre système
politique. Parallèlement, la quête identitaire pied-noir a aussi
été prise en main par des associations cherchant à reconstituer
une communauté sur le sol français en valorisant une histoire
bien souvent mythifiée. Mais loin des guerres de mémoires qui
se jouent autour de l'histoire coloniale, de nombreux pieds-noirs
se tournent aujourd'hui vers la redécouverte de leurs
racines africaines.