Kim, trois ans, souriante, raconte, les yeux emplis d'images : «Des fois
j'fais des beaux dessins. Eh ben, tu sais, moi j'ai un p'tit copain que j'ai
eu à la mer, il s'appelle Félix. Ben, moi, j'ai, j'ai écrit à Félix des trucs et,
et deux dessins.»
Kim écrit à Félix ou tente de le faire. Elle ne sait pas lire encore mais
elle «écrit». Ainsi, pour elle, comme la plupart des enfants interrogés ici,
l'entrée en écriture est précoce et commence avant l'arrivée à l'école.
Comment les débuts de ce long parcours scriptural sont-ils modelés par
l'école et les apprentissages de l'enfant devenu élève ? Comment cette
entrée dans l'écrit se vit-elle au quotidien lorsque les discours scolaires et
familiaux divergent parfois ? C'est la voix des enfants qui tente de se faire
entendre ici ; résonance précoce, puisqu'elle est celle des «années
maternelle» ; parole difficile puisqu'on la dit, parfois influencée et
influençable mais expression essentielle puisque, ainsi que l'écrit Emilia
Ferreiro : «La voix des enfants peut contribuer à clarifier la question
épistémologique encore ouverte : quel genre d'objet est l'écriture ?» C'est
en effet d'écriture dont nous parlent ces enfants, écoliers débutants : celle
qu'ils pratiquent à la maison ou à l'école, celle qu'ils voient autour d'eux,
celle que leurs proches effectuent, celle qu'ils imaginent, rêvent ou
redoutent. Si, au terme de cet ouvrage, et pour reprendre Emilia Ferreiro,
quelque chose de cet objet et de ce qu'il est pour ces jeunes enfants,
apparaît ; leur voix ou bien plutôt leurs voix, tant les tonalités en sont
plurielles, auront été entendues.
Ce livre s'adresse aux enseignants et aux chercheurs mais aussi aux
parents et à tous ceux que la construction de l'univers d'écriture des
enfants, d'une manière ou d'une autre, implique, intéresse ou interroge.