L'ivoirité contre les Ivoiriens
Le destin tragique du jeune Issiaka illustre le paradoxe de l'« ivoirité », valeur si chère à la Côte d'Ivoire authentique. Le héros naît pourtant dans une Côte d'Ivoire paisible, voire généreuse. Son nom, « Issiaka », qui lui est donné à sa naissance, est celui d'un grand herboriste burkinabé qui avait réussi à soigner la stérilité de ses parents, un acte de reconnaissance qui deviendra une erreur fatale pour son destin. Les père et mère naturels d'Issiaka découvrent à leur grande surprise lors des présidentielles de quatre-vingt-quinze, que leur fils est un Burkinabé de Yatenga. Issiaka devient étranger dans sa propre famille et hérite de facto d'une nouvelle nationalité qui sonne comme un « nom ». Même après ses études universitaires en France sanctionnées par un doctorat, Issiaka, de retour au pays, a du mal à trouver un emploi, car son nom surclasse son statut d'universitaire compétent. Déçu, Issiaka s'exile au Bénin voisin où il espère trouver du travail. Mais il est très vite désillusionné, car presque partout en Afrique, la nationalité prime sur la citoyenneté africaine. Devenu conducteur de taxi-moto à Cotonou, Issiaka est victime d'un accident de circulation, laissant sans support sa femme et son enfant. Issiaka, victime singulière et plurielle de l'ivoirité, laisse son pays aux mains de médiateurs de tout acabit qui, peut-être, sauveront sa mémoire...