Le XIXe siècle est notamment marqué par une littérature fascinée
par les passions collectives. Le peuple devient un personnage à part
entière. Il est présenté comme souffrant ou héroïque - pensons aux
Misérables de Victor Hugo, aux Mystères de Paris d'Eugène Sue ou
encore au Germinal d'Émile Zola. Il peut même être porteur d'une
vérité historique, si l'on en croit Marx. Cet objet de fascination devient
source de peur lorsqu'il est fait référence aux foules ou aux crimes de
celles-ci.
La littérature va s'emparer de ce thème des foules - foules
criminelles, hordes révolutionnaires, massacres collectifs, passions
incontrôlées du peuple, violence collective - et créer un imaginaire
angoissé à partir de la réalité sociale. Une véritable psychose de la
foule va se mettre en place.
Cette psychose atteindra son paroxysme dans l'oeuvre d'Hippolyte
Taine dont les travaux, mêlant histoire et psychologie, ont fortement
influencé par la suite les défenseurs d'une psychologie des foules
(Scipio Sighele, Gustave Le Bon, Gabriel Tarde, Henri Fournial...).
Quinze textes, de 1877 à 1912, sur les foules et la psychologie des
foules - dont certains inédits ou difficilement accessibles - sont
présentés ici. Une introduction historique permet de resituer ces
documents dans leur contexte et de présenter les controverses
scientifiques de l'époque.