A soixante-quinze printemps, Tassadite
Zidelkhile a dans le regard cette étincelle de vie
qui entretient l'espoir. Rien ne laisse deviner les
souvenirs de la vie de cette femme algérienne
contrainte par les codes moraux et traditionnels.
Née en 1932 à Toudja, Tassadite perd ses
parents. Elle grandit à Bougie dans un quartier où
Juifs, Français, Kabyles se côtoient à la barbe des
préjugés.
En 1955, mariée, elle atterrit au Bourget.
Stupeur, elle découvre la chambre exiguë où elle
va devoir élever le premier de ses huit enfants.
Puis c'est à Ivry, les baraquements, le centre de transit, enfin le F5 des
HLM Spinoza, où elle réside encore aujourd'hui.
Elle est contrainte de mener de front l'éducation des enfants, un
travail à l'extérieur et les affaires courantes de la maisonnée, à l'instar
de tant d'autres femmes ballottées par l'Histoire, débarquées un matin
en terre inconnue pour leurs enfants à naître sous la Marianne.
Combien sont-elles ces héroïnes silencieuses remisées au placard des
non-dits, dont l'histoire laisserait muettes les plus ardentes féministes ?
Elles ont élevé leur progéniture, comme une revanche sur le destin.
Elles ont tant à dire, mais comment l'exprimer ?
On se dit parfois que le mot «courage» devrait être du genre
féminin.
Texte extrait du portrait paru dans le bulletin municipal «Ivry Ma
Ville», écrit par Sheida Kerouani-Badja. (mars 2005).