Ce livre est l'aboutissement d'une rencontre hasardeuse et fictive
entre trois noms propres, trois géants qui ont subverti, au XIXe siècle,
les axes majeurs de la civilisation. L'axe du moi et de la sexualité par
Sigmund Freud ; l'axe des conventions et de l'esthétique poétiques par
Charles Baudelaire ; l'axe enfin des principes romanesques et de
l'éthique par Gustave Flaubert. C'est la même année 1856, en effet, que
naît Freud, que Baudelaire signe le contrat des Fleurs du Mal, et que
Flaubert publie, en feuilleton dans La Revue de Paris, le sulfureux
roman Madame Bovary. Or ce qui est au coeur de la subversion, on
pourrait même dire de la révolution introduite par ces hommes et leurs
oeuvres, c'est d'avoir enfreint le carcan séculier de la censure qui tenait
le créateur assujetti à un idéal, une idéologie, voire un maître, mais
rarement sujet de ses fantaisies (phantasieren).
A la faveur d'un cent cinquantième anniversaire de la
«décensure», les auteurs de cet ouvrage - psychanalystes,
philosophes, artistes, universitaires, linguistes, écrivains - ont tenté, au
cours d'un colloque tenu en 2006, de rendre compte des formes
actuelles de la censure non pas, non seulement, comme un mécanisme
psychologique quasi naturel, mais plutôt comme une pratique constante
et en perpétuel déplacement chez des censeurs et auto-censeurs qui,
toujours, manient les ciseaux d'Anastasie, y compris à leur insu. Cela
sans oublier les phénomènes de censure religieuse, devenue
aujourd'hui emblématique d'un malaise entre des civilisations qui
devraient, pourtant, comme «les parfums, les sons, les couleurs», se
répondre.