Le réalisme magique, genre littéraire originaire d'Amérique latine,
repris aujourd'hui par les auteurs postcoloniaux, est né de la rébellion
contre l'oppression colonisatrice. Il s'agit, puisque les mécanismes de
la domination contaminent l'imaginaire de chaque individu, de
s'affranchir des oppressions politiques et culturelles en quittant la
réalité «colonisée».
On a peu étudié jusqu'ici le rôle important des romancières
fondatrices qui ont utilisé ce genre littéraire pour remettre en cause la
domination masculine. Cet ouvrage leur rend justice et montre comment
elles ont fait appel au surnaturel pour envisager les possibilités d'une
autonomie des femmes au-delà des rapports de pouvoir entre sexes, races
et classes existants.
Katherine Roussos s'arrête plus particulièrement sur les oeuvres de
romancières françaises, Maryse Condé, Sylvie Germain et Marie NDiaye,
pour montrer la continuité et la diversité de l'usage du réalisme magique.
Loin de se réduire à une littérature d'évasion, il donne voix aux réalités
subjectives, revisite les mythes et les cultures locales, fait revivre
sorcières et pratiques magiques, retraçant ainsi une autre histoire de
l'oppression dans son envers quotidien : là où se réinventent sans cesse
des stratégies rebelles contre un destin déjà écrit.