L'enfant n'a pas toujours été une catégorie juridique
homogène, et il ne l'est peut-être pas encore, en dépit de
l'omniprésence de son image. Mais il n'a jamais cessé
d'être encadré, surveillé, puni au besoin par la règle de
droit. L'histoire est éloquente dans cet ordre d'idées, qui
voit se succéder différentes politiques de l'enfance et de
la famille. Il en résulte, dans les pays industrialisés
comme dans tous les autres, une multitude de régimes et
de situations qui trahissent un peu des conflits traversant
la société dans son ensemble (enfant roi, enfant objet,
enfant sauvage...) et aussi beaucoup des antagonismes
existant sur la scène internationale (enfants soldats,
travail des enfants). Il y a là aussi un excellent révélateur
de l'ambiguïté de l'«état d'enfance», entre l'innocence
et le marché.
Le colloque organisé par le CERC et dont on va lire
les actes entendait prendre la mesure de cette diversité
des régimes de l'enfance : ceux qui protègent, ils sont
nombreux, comme ceux par lesquels la société entend se
protéger elle-même, car il arrive que l'enfant soit perçu
à son tour comme un péril ou une menace...
La conclusion qui s'est imposée, au terme de cette
confrontation entre spécialistes de plusieurs disciplines,
est que la technique juridique, nécessaire en tout état de
cause, est encore impuissante à garantir pleinement ce
qu'on doit appeler, plus que jamais, le respect dû à
l'enfant.