Ce conflit ouest-africain qui a tourné depuis 1989 entre quatre pays
semble bien une «guerre nomade» échappant aux Etats déliquescents
comme aux forces interventionnistes, et qui se propage en partie hors
de la volonté immédiate des acteurs. Cette guerre, pour reprendre une
formule célèbre, pourrait bien traduire la «continuité des sociétés par
d'autres moyens», et même certains traits de leur Histoire qu'on aurait
pu croire révolus ou désormais impossibles : massacres, inversions
sociales, revival esclavagiste, etc.
Les différents auteurs de cet ouvrage - et parfois d'écoles ou
d'opinions sensiblement différentes ! montrent bien cette circulation
qui du Libéria à la Sierra Leone, puis à la Guinée et la Côte d'Ivoire
obéit à des logiques propres : amplification de la violence par l'errance
des groupes armés et l'usage de la guérilla, ethnies transfrontalières et
«foyers» d'insurrection, rôle ambigu des corps expéditionnaires et
néonationalisme réactif, émergence des médias et piégeage des
organisations humanitaires.
Et si l'Afrique - par la guerre - refusait de force l'Etat ? Du moins
sa forme prédatrice et coercitive que les peuples de l'hinterland et des
frontières ont toujours connue ? Là aussi, que d'instrumentalisations
extérieures comme dans le cas ivoirien, que d'enjeux sous-jacents au
conflit, surtout autour des matières premières - du fer du Mont Nimba
au pétrole ivoirien ! L'apaisement récent, au prix d'une recolonisation
rampante et d'interventions occidentales violentes, ne doit pas faire
oublier le terrible laboratoire des conflits nomades : fautes de nouveaux
rapports mondiaux et sociaux, les mêmes causes risquent de causer
encore - ici comme ailleurs - les mêmes effets guerriers.