Comment fonctionne la prison politique sous Vichy ? Quelle est
l'éthique pénitentiaire de l'État français ? Comment s'articulent
les circuits allemand et français d'enfermement ? L'approche
monographique à travers deux grosses centrales de regroupement
des prisonniers politiques, Eysses (Lot-et-Garonne) pour les
hommes et Rennes (seule centrale de femmes sous Vichy), fournit
une clef d'étude. «La prison parle» et révèle une population
carcérale qui n'avait jamais été aussi nombreuse avec de plus en plus
de prisonniers politiques. C'est l'interdépendance entre la prison et
l'extérieur, les nombreux liens sociaux qui s'y établissent, l'image de
la prison que l'on étudie. Le mythe fondateur d'amendement
par la prison est oublié. Les prisons, rattachées au ministère de
l'Intérieur en septembre 1943, sont au coeur de la politique de
répression et de collaboration.
À l'image d'une période noire du système pénitentiaire où
triomphent l'arbitraire et la souffrance, avec sa misère physiologique,
ses miliciens et ses cours martiales, se surimpose une autre
image : rencontre humaniste entre détenus de tous milieux, marqués
durablement par leur passage en prison, lieu d'instruction et de
réflexion, puisant dans le creuset républicain et tournée vers le
renouveau démocratique de la France libérée. Alors que la prison,
terre d'exclusion, constitue plus que jamais une forme de Châtiment
qui conduit, au printemps 1944, les prisonniers politiques dans les
camps nazis (ils sont livrés systématiquement à l'occupant par les
autorités françaises), elle est devenue une terre de mission.