Si nous avons choisi de considérer l'imbrication de la société,
du mythe et de l'écriture dans l'univers romanesque de Carlo
Sgorlon, c'est pour communiquer au lecteur l'idée d'une
composition littéraire où l'ancrage particulier ne fait pas
abstraction de l'universel, ni l'aspect référentiel du brio fictionnel.
La société représentée semble empreinte d'une coloration pan-mythique
qui exerce parfois un ascendant despotique sur les
personnages. En effet, dans une perspective immanente à l'oeuvre,
l'atavisme se mue en coercition sociale doublée d'illusions
individuelles. L'hospitalité constitue alors un havre salutaire qui
permet de sublimer l'inéluctable confrontation entre identité et
altérité, oppression et catharsis, idéologie et utopie.
L'univers romanesque de Carlo Sgorlon invite à redéfinir la
notion de mythe qui s'est trouvée trop longtemps confinée dans
une conception convenue et quelque peu surannée. Conciliant
aspect idiosyncrasique et relation à la société frioulane, l'écriture
sgorlonienne s'inscrit dans le sillage d'une véritable esthétique de
la réception.