Esthétiques
Du Second empire à la crise des intermittents en juin 2003, les relations entre culture et politique n'ont cessé d'évoluer vers une éclipse du politique en faveur d'une expansion sans fin de la culture. Les enjeux du politique, en devenant culturels, ont vidé le politique de sa substance polémique et prétendent aborder la pluralité sous le signe de la normalisation et du consensus.
Au sein de ce rapport de force en mouvement constant, c'est la foule émeutière du XIXe siècle, qui est transformée en foule attroupée. La démocratie culturelle d'abord et la démocratie immunitaire ensuite, cohabitent au sein de nos démocraties occidentales modernes pour gérer une population assise, apeurée et passive.
Reste à savoir si les producteurs de la démocratie culturelle, les travailleurs de la culture, sauront réinvestir leur statut d'artiste pour remettre en question cette utilisation normalisante et consensuelle de leurs oeuvres : la culture. Que fait l'artiste de la démocratie culturelle vis-à-vis de la démocratie de la sécurité, de la démocratie vigie-pirate, de la démocratie immunitaire ? Quelle est sa place dans une telle démocratie ? Quelles sont ses possibilités d'expression, de remise en question des dispositifs du pouvoir ? Y a-t-il aujourd'hui encore, pour l'artiste, des possibilités de réactiver le politique, de faire époque en réinvestissant un lieu qu'il a semble-t-il déserté : le politique.