La saison nue
Enfant, la Bête du Gévaudan était pour moi une légende. Mais déjà, à mon insu, les hautes terres de Lozère façonnaient mon regard sur le monde, imprimaient en moi les quelques grandes images autour desquelles, depuis lors, se tissa ma vie d'adulte - sans la Bête.
La Lozère où j'ai fini par me fixer, retrouvant enfin les prairies de l'enfance, l'éblouissement.
Point de régionalisme dans tout cela, point de ruralisme post-soixante-huitard, mais la simple prégnance d'un tellurisme primitif ; calcaire, granité, schiste et basalte : roches fondamentales de la terre. La Lozère vibre d'universalité.
Et les saisons ? Elles y sont marquées, le rythme est bien à quatre temps. La saison nue, c'est la cinquième, celle sans apparat et qui les traverse toutes, le précipité d'une année en relation quotidienne avec les éléments, avec l'essentiel.