L'une des quatre îles de l'archipel des Comores, l'île de Mayotte, a été acquise
par la France (Monarchie de Juillet) en 1841. Dix ans après cette acquisition
qui avait suscité beaucoup d'espoirs, le commandant de Mayotte, Philibert Bonfils,
exprimait sa désillusion constatant que «si Mayotte était ce rocher dont le nom est
Dzaoudzi, ce serait un affreux séjour pour tout homme n'ayant pas en soi de quoi
vivre intellectuellement une terre de l'expiation.»
La France, pendant plus d'un siècle, s'est désintéressée de l'archipel des
Comores et donc de Mayotte. En 1974, lorsque le territoire des Comores a pris
unilatéralement son indépendance, l'île de Mayotte a voulu rester française et
est entrée en dissidence. Embarrassés, les gouvernements français successifs ont
constamment atermoyé et n'ont jamais eu le courage de répondre clairement à la
question qui se posait : «Mais que faire de Mayotte ?». Les Comoriens n'ont eu
de cesse, quant à eux, de réclamer, avec plus ou moins de vitupération, le retour
de Mayotte dans l'orbite comorienne soutenus par l'appui constant des Nations
unies et de l'Unité africaine. Les Mahorais, de leur côté, sont restés résolus dans
leur volonté de rester français et d'être départementalisés. Pendant 24 ans l'île a
vécu sous le régime d'une «collectivité territoriale» créée en 1976. En 2000 un
statut de «collectivité départementale» lui a été accordé repoussant à dix ans la
consultation sur la départementalisation. Celle-ci sera organisée le 29 mars 2009.
L'issue ne fait pas de doute mais les enjeux sont considérables. Le département
est-il la meilleure solution pour l'île de Mayotte ? Les Mahorais ont-ils bien
appréhendé les conséquences inévitables qui en découleront ? Ne risquent-ils pas
d'y perdre leur âme ?
C'est la chronologie de cette «affaire aussi dérisoire», comme le disait en
1975 le représentant de la France aux Nations unies, que retrace cette étude à un
moment où se détermine l'avenir de cette petite île du canal de Mozambique.