Animé par une même exigence sur les plans éthique et esthétique, Gide
ne cessa de considérer sa vie et son oeuvre comme un acheminement
vers une perfection commune. La vie devait servir à nourrir les oeuvres,
chacune de celle-ci était une étape préparant la suivante, et toutes, une
fois réunies, devaient composer la figure idéale de l'Artiste. C'est ce que
révèlent ces textes, pour la plupart inconnus. Ils émanent en particulier
du De me ipse, ce dossier dont on savait que Gide l'avait tenu dès ses
vingt ans, en vue d'écrire un jour ses Mémoires, mais qui était resté
jusqu'ici inédit. Divers instantanés se proposent ainsi : découverte de la
jouissance sexuelle, découverte de l'amitié fusionnelle, scènes de la vie
quotidienne à Biskra, pathétique quête du plaisir sur la plage d'Étretat...
autant de scènes révélatrices, que leur volontaire omission par Gide rend
d'autant plus significatives.