L'oeuvre de Valère Novarina constitue un objet littéraire énigmatique
qui surprend, inquiète et fait rire. Elle trouve son terrain de
prédilection sur la scène, mais c'est pour déjouer le théâtre.
Désarticulées, sans fable, saturées de paroles souvent obscures, les
pièces novariniennes développent une dramaturgie de l'excès qui
cultive le non-sens, l'incongru et le loufoque. Sur la scène ouverte, la
philosophie fait circuler les questions métaphysiques sur des airs
d'opérette, la théologie est transformée en bavardages dérisoires.
Inversement, l'auteur réactive les cadres théologiques du Verbe
biblique pour situer les enjeux de son théâtre au carrefour du réel et du
spirituel, de l'humain et de l'inhumain.
De cette oscillation naît un comique grotesque, qui n'hésite pas à
recycler les vieilles recettes carnavalesques pour proposer ce que
l'auteur nomme une cure d'idiotie savamment insignifiante et drôle.
Mais cette étrange gaîté ne doit pas leurrer. Iconoclaste, le comique
novarinien réinvestit le terrain de ce «sacré impur» que promouvait
Bataille pour reconquérir, au-delà des religions, le mystère de la parole
démoli par les idiomes technicistes de la communication. Le rire n'est
pas pour autant impie ou mécréant. Loin de s'inscrire dans la veine
destructrice de la dérision moderne, Valère Novarina développe au
contraire un comique inspiré qui réconcilie, de manière singulière,
l'athée et le mystique, les Pères de l'Eglise et les pataphysiciens pour
exalter, en négatif, la puissance poétique du Verbe.