16 juillet 1942. À 4 heures du matin, je suis réveillé par les
polices françaises. Des dizaines de portes s'ouvrent d'un coup
dans la fureur d'un enlèvement spectaculaire. En quelques
secondes, ils prennent d'assaut tous les étages et, en un tour de
main, toutes les serrures de porte sont défoncées à coups de
crosse de fusil. Toute ma famille, à l'exception de mon père qui
avait disparu la veille au soir, est en état d'arrestation. Qu'avons-nous
fait pour mériter un tel sort ? Rien. Nous sommes innocents
mais condamnés à mort, sans jugement.
Direction : Pithiviers et l'antichambre de la mort, Drancy... pour
le dernier grand voyage. Foudroyé à l'âge de 5 ans par la rafle
du Vel' d'Hiv, me voilà, seul, sans famille, sans abri, tel un arbre
déraciné, telle une ombre errant dans les rues, dans l'Enfer des
Hommes.