Un système d'échange local est une association déclarée ou de fait qui
permet aux membres de céder ou d'acquérir, entre eux, des biens, des
savoirs et des services en utilisant une monnaie appelée le «grain de
SEL». Il s'agit donc d'une économie monétaire mais qui n'utilise pas
d'argent. Les fondateurs de ces associations, que ce soit du SEL
d'Aubenas (le RIRE) ou du SEL pyrénéen, insistent sur l'importance
d'un démarrage par un groupe d'amis pour que de telles associations
puissent espérer fonctionner et perdurer. Ensuite, elles s'ouvrent à des
«inconnus» et font circuler de l'affectif dans la perspective de nouer
des relations de type amical. Un SEL réalise en somme ce parcours
d'une communauté d'esprit vers une microsociété pour ensuite tendre,
à nouveau, vers une ou plusieurs communautés d'esprit. L'échange
économique devient ainsi un prétexte aux relations qui offre une
dimension sociologique à l'apparition de ces microsociétés, tant dans
les grandes villes, que ce soit le SEL de Paris ou le SEL de Paname, que
dans le monde néorural, dont les observations viennent illustrer cet
ouvrage. Et de telles relations ouvrent, à leur tour, la possibilité d'une
conscience solidaire envisagée dans le solidarisme de Léon Bourgeois,
voire celle de la constitution de communautés personnalistes à laquelle
aspirait Jacques Ellul. L'utopie se fond ainsi dans une certaine actualité,
celle d'une aspiration contemporaine à une économie plus
humaine.