Pas question, ici, de repeindre un Zimbabwe idyllique aux couleurs flamboyantes.
Foin de naïveté, ce n'est pas du Douanier Rousseau, bien plus «Le Jugement
dernier» de Jérôme Bosch, où chaque scène est une horreur accomplie.
Pas de vilenies estompées dans les bleus du lointain. Rien n'est caché. Tout est sur
la table. La lumière éclaire d'une même intensité, la très sombre période coloniale
britannique, la monstrueuse Rhodésie «blanche» de Ian Smith que d'aucuns ont tant
aimée, et le Zimbabwe indépendant dirigé par Robert Mugabe depuis 1980.
On a tué beaucoup dans ce pays. De tout temps et de mille manières : à la
dynamite, à la baïonnette, par pendaisons, au couteau, à la kalachnikov, à la bombe.
À chacun sa méthode.
On a aussi beaucoup menti. La toute première fois, en bernant le pauvre chef
Ndébélé qui offrit son pays sans le savoir aux rapaces de la bande à Cecil Rhodes.
Puis après, au nom de la «civilisation», puis aujourd'hui encore, very shocked, au
motif que «Nous ne sommes responsables de rien».
Mugabe, qui a massacré le «joyau» qu'on lui a remis en main propre en 1980 ?
Parlons-en du «joyau» rhodésien, si cher aux journalistes, ce formidable tas de boue
immonde !
Médias aveugles ou engagés, Ong, bras armés des politiques, diplomates délirants,
qui alimentent la chaudière pour la maintenir à température constante en attendant le
grand feu d'artifice, tous ont sans doute une part de responsabilité dans le «drame»
du Zimbabwe, et pas le seul Mugabe. C'est aussi une ligne directrice de cet ouvrage.
Mugabe, «Une honte pour le continent africain tout entier», comme l'a clamé
Condoleezza Rice ? Alors offrons-nous quelques escapades pour aller voir ailleurs, et
dormons tranquilles : Sierra Leone, Cameroun, Mozambique, quand la communauté
internationale s'empresse de mettre fin aux carnages ...
Le monde occidental, plein de compassion pour le peuple zimbabwéen ? Là, ça fait
monter la tension quand on sait qui a fait rouiller la tuyauterie du système économique
et social.
L'opposant Morgan Tsvangirai et la brochette de Blancs qui l'entourent, une petite
équipe de gens bien sympathiques ? Peut-être ne parle-t-on pas des mêmes personnes.