La fin de la décennie est marquée par une crise économique qui nous
permet de réaliser les dégâts du néolibéralisme, une forme d'organisation
économique devenue hégémonique depuis la fin de la guerre froide. Elle prône
la dérégulation, le repli de l'État et la flexibilité du marché du travail - voire
le renversement de la politique - ce qui, dans les faits, a favorisé
l'enrichissement vorace d'un nombre réduit d'acteurs économiques en même
temps que cela provoquait insécurité et perte de droits pour la plupart des
citoyens. Pourtant, malgré ces ravages, l'essentiel des règles économiques et
morales qui régulent le système économique reste intact, débats et décisions
politiques se focalisant souvent non sur les causes politico-morales de la crise
mais plutôt sur ses effets à court terme.
L'interrogation qui sous-tend cet ouvrage se situe non tant dans une
critique du fonctionnement du capitalisme que dans celle de la doctrine qui
définit ses fondements : le libéralisme. Partant du constat que le libéralisme
s'est naturalisé dans les champs économique, politique et surtout dans l'esprit
de la plupart des Occidentaux, Rodrigo Contreras Osorio appelle à la
«dénaturalisation» du libéralisme en mettant en lumière son discours et ses
limites idéologiques. L'ambition de l'auteur est d'alimenter la réflexion pour
déconstruire la société de marché afin d'édifier une société des droits,
composée de citoyens égaux et différents.
L'auteur met en perspective le discours libéral dans une région qui, à
maintes reprises, a essayé d'en appliquer les préceptes : l'Amérique latine. Il
s'agit de comprendre pourquoi ces essais se sont traduits sinon par un échec,
du moins par une instabilité permanente de son système politico-économique.
Rodrigo Contreras Osorio applique ensuite ces clés de lecture à un cas
particulier, le Chili. Laboratoire des grands projets de société qui ont vu le jour
au cours du XXe siècle, ce pays montre tant les limites du libéralisme latino-américain
que ses paradoxes comme discours organisateur de la société.
Mené avec une grande maîtrise, cet essai, qui avance dans ses réflexions
et démonstrations avec vigueur et clarté, en convaincra plus d'un.