«Quel bonheur pour une fois d'écrire en sachant que
mon lecteur dispose d'une information fiable sur la réalité
de celles que les médias désignent d'un bloc comme les
«filles de l'Est». Car si la personnalité de l'auteure peut être
sans hésitation qualifiée d'exceptionnelle, le parcours qu'elle
relate est plus proche de ce que vivent la plupart de ses
collègues que des mauvais romans policiers que l'on nous
donne habituellement pour la vérité de leur expérience.»
C'est en ces termes que s'exprime le postfacier de
cette autobiographie d'une jeune prostituée moldave sur les
trottoirs de Bruxelles. À travers son histoire, on découvre que
ce qu'on appelle communément traite et esclavage ne sont
autres que les moyens d'entrer dans l'espace Schengen que
doivent monnayer des migrants volontaires, mais clandestins
et, à ce titre, dépendants de passeurs rarement respectueux
de leurs clientes ; que la «vente» des jeunes femmes au cours
de leur périple n'en est pas une, même si les acteurs utilisent
ce terme ; que le pire pour les prostituées de rue, ce n'est pas
leur travail mais leur peur d'être expulsées.
«La vie qu'on a» est une véritable leçon de vie, faite de
larmes, certes, mais aussi et surtout de courage. Elle devrait
nous faire réfléchir sur le gâchis et les crimes qu'entraînent la
fermeture des frontières de l'Union Européenne et le
traitement comme délinquants de clandestins, soutiens
économiques de leur pays d'origine - quand ce n'est pas de
leur pays d'adoption.