Jusqu'aux Herbes folles, son dernier film en date,
Resnais a toujours refusé d'adapter des romans tout en ne
travaillant, durant de nombreuses années, qu'avec des écrivains
avant tout romanciers. Premier de ses films à avoir été écrit par
un dramaturge de formation, Providence (1977) met pourtant
en scène un vieil écrivain malade et alcoolique en train
d'imaginer les scènes tour à tour horrifiques et comiques d'un
ultime roman dont les héros ne sont autres que ses proches.
Ce paradoxe fonde le présent essai, centré sur un film
d'une rare exactitude en matière de création littéraire et dont
la structure en diptyque met à nu les rapports entre fiction et
réalité, révèle les profondes affinités qu'entretiennent
l'écriture, la peur et le suicide.
Réhabilitant la notion de «cinéma littéraire» tout en
faisant éclater le cadre trop réducteur de l'adaptation, cet
ouvrage explore les liens plus intimes existant entre les livres
et les films. C'est ainsi que le cinéma romanesque d'Alain
Resnais permet de relire Proust, Joyce, Kafka, Virginia Woolf et
bien d'autres auteurs fondamentaux de la modernité qui, à leur
tour, permettent de regarder autrement des films tels que
Providence, Hiroshima mon amour ou Je t'aime je t'aime...