Le monde est actuellement en crise, dit-on : soit, mais ni plus ni moins qu'en
d'autres temps. Car l'évolution des sociétés, c'est une continuité en crise permanente
- plus ou moins spectaculaire il est vrai - où tout se transforme toujours. La crise
reste un fait subjectif, c'est un ressenti des évènements : ce sont nos esprits qui
constituent la crise comme spectacle... et tous en parlent. «Une époque de
transition, disait Nietzsche, c'est ainsi que tout le monde appelle notre époque,
et tout le monde a raison... Si cela continue ainsi, tout va tomber en morceaux, et le
monde devra périr. Mais il n'a pas péri ; dans la forêt les vieux fûts se sont brisés,
une nouvelle forêt a toujours repoussé : à chaque époque, il y eut un monde en
décomposition et un monde en devenir».
On ne «résout» pas une crise, on l'accompagne : est-il possible lui donner un
sens ? Il y a un équilibre qui se cherche en permanence, des tendances qui
s'affrontent, des dominances qui menacent ; c'est au politique qu'il appartient, d'une
part de faire des choix et d'annoncer des valeurs, mais aussi d'autre part d'en assurer
la mise en oeuvre. Ce programme est-il respecté ? Dès lors, le projet politique se
présente comme une question : passer de la démesure à l'équilibre, quelles voies ?
Imposant quelque distance aux idées de pouvoir, nous devons faire revivre le
pouvoir des idées.
Eternel retour ! À l'origine de cette identité européenne, qui connut en territoire
Hellène ses premiers débats, DI - APOL suggère un nouveau rythme, celui qui,
rappelant que la Pythie de Delphes avait associé en son temple Dionysos et
Apollon - ces témoins de la démesure et de la mesure -, nous amène à proposer
une action politique qu'éclaire le sens de l'équilibre, et tempèrera les démesures
modernes. Le vrai projet politique à inventer, c'est l'éthique de la mesure, qui,
consciente de nos limites, saura instruire le bonheur de demain à travers l'équilibre
de nos vies.