Un jour, peut-être, le siècle sera deleuzien. Un jour. Mais pas encore.
Notre siècle, notre monde est plutôt capitaliste. A partir de son interprétation
de Leibniz, Deleuze construit l'ontologie, selon laquelle la convergence des
séries et le privilège de l'intériorité constituent «le meilleur des mondes
possibles». Mais ce n'est là qu'une image. Ce n'est qu'un rapport. Le rapport
de production capitaliste. Nous les hommes, nous vivons dans ce rapport qui
nous constitue. Mais dans ce rapport nous existons au seuil minimum de notre
puissance. Heureusement, l'ontologie de Deleuze dépasse celle de Leibniz. Les
séries divergent, le cercle se décentre, des fenêtres s'ouvrent dans les monades,
l'air frais y entre. Le fond ontologique offre dans son mouvement l'espoir d'en
finir avec le capitalisme. Mais il ne s'agit pas de sauter vers l'anarchie
couronnée. Dans le chaos il n'est pas possible de vivre. La question est de
savoir s'il est possible pour nous, les hommes, de construire une forme de
société où nous pourrions vivre au maximum de notre puissance. A partir de la
puissance du virtuel-intensif, et cependant dans ce siècle qui un jour, peut-être,
deviendra ainsi deleuzien.