Femme de salon à la Chevrette, hôtesse de Jean-Jacques Rousseau
à l'Ermitage, collaboratrice de la Correspondance littéraire de Grimm
et Diderot, Madame d'Épinay a vécu parmi ses «ours» qu'elle a su
apprivoiser au moins pour un temps : Duclos, Francueil, Rousseau,
Grimm, Diderot... Madame d'Épinay s'est affirmée comme véritable
écrivain philosophe des Lumières. C'est ainsi qu'elle fut considérée
par des gens de lettres fort distincts, comme son ami et correspondant
privilégié Galiani, mais également Voltaire, d'Alembert, d'Holbach,
Saint-Lambert, Marmontel. Désignée ironiquement comme philosophe
à dix ans, lors d'une présentation au roi, Madame d'Épinay se révéla
être vraiment «Philosophe» au sens de Bayle et de Dumarsais. La
référence à la morale de sentiment, fondement non confessionnel de la
morale pour les philosophes des Lumières - de Montesquieu à
Rousseau, de Voltaire à Diderot - devient récurrente. Les Lettres à mon
fils sont publiées «à Montbrillant», lieu de naissance symbolique de
cette femme de lettres. La recherche et l'innovation pédagogiques
constituent un thème de prédilection de son oeuvre. Madame d'Épinay
structure sa pédagogie autour du «coeur», de la «vertu» et du
«bonheur». Le parti pris philosophique se retrouve dans les
Conversations d'Émilie, livre où sa petite-fille est mise au centre de
l'oeuvre. Cette oeuvre est couronnée, en 1783, par l'Académie
française. L'écriture de soi et l'écriture féminine confinent au chef-d'oeuvre
dans l'Histoire de Madame de Montbrillant, paru dans son
intégralité en 1952. L'émancipation personnelle, difficile, l'éducation
préconisée pour le fils, libertin comme le père, et l'écriture sublimée
pour la petite-fille, Émilie, passent par une laïcité bien comprise,
comme en témoignent une autobiographie de convenance, et une riche
correspondance, pillée par les éditeurs.
Ce premier colloque international consacré à l'ensemble de
l'oeuvre amorce une reconnaissance tardive mais désormais
incontestable. Même si elle fut partiellement et mal éditée, Madame
d'Épinay jouit d'un rayonnement international, notamment en Italie,
en Allemagne et dans les pays anglo-saxons où l'on trouve éditions,
traductions et ouvrages critiques.