Il n'y a pas d'immigrés... il n'y a que des bannis, des
refugiés, des exilés, des exclus, des errants et même des
fugitifs. L'immigration n'est que l'action du voyage, de cet
aller simple vers quelque part d'autre. On ne part pas pour
revenir. On part et on ne revient que camisolé dans un charter
de nuit, ou dans la soute, dans un cercueil, chosifié en tant que
bagage parmi les bagages. Ceux qui reviennent sont des
touristes, de simples visiteurs. Allions-nous vivre l'exil,
allions-nous subir le racisme, si la terre était notre lieu, une
sainte patrie sans frontières ?
Obscure et sombre. Mais forte et juste. Poésie engagée,
poésie de combat, un grand cri. On ne voyage pas dans la
lecture de ce recueil mais on pénètre le non-dit, le tabou, c'est
«comme si les frontières de ma patrie m'avait livré» à ma
patrie... intitulé ainsi en arabe marocain et publié en 2003.
C'est une poésie d'espoir : le recueil commence par la nuit et
se termine par le blé et la joie...