Le XXe siècle est riche en création de
frontières qui soulignent les disparités
ou marquent les différences entre des
individus, des groupes, des communautés
et des peuples. À l'augmentation
incessante du nombre des États
s'ajoute le partage des derniers espaces
encore libres du monde, les océans, les
mers et les détroits qui les séparent.
La carte du monde n'est pas figée
et son dessin se complique sensiblement
depuis la fin de la guerre froide.
L'étape actuelle de la mondialisation
est une source importante de création
de frontières. Membranes entre les
territoires, elles oscillent, se tendent
ou se dilatent. Les territoires se transforment,
se déforment, prennent des
formes nouvelles jadis inconcevables.
L'Union européenne, très attractive,
se cherche de nouvelles frontières
périphériques tandis que les nouveaux
États d'Asie centrale se consolident
grâce à leurs nouvelles limites de souveraineté.
À une autre échelle, la ville
de l'Afrique du Sud post-apartheid
produit de nouvelles coupures.
La frontière, limite vitale à la dimension
profondément humaine en tant
qu'espace de rencontre et de reconnaissance,
est aussi marquée par la
souffrance liée aux cicatrices qu'elle
laisse sur la Terre et dans le cerveau
des hommes qui tentent de la passer.
Quand elle s'articule à des éléments
naturels, en particulier les fleuves,
supports de bornage apparemment
facile entre les États, elle reste plus
conflictuelle que consensuelle.
Se poster à la frontière pour voir le
monde, c'est comprendre la fragmentation
spatiale à toutes les échelles,
regarder de chaque côté en observant
l'ambivalence et la complexité des
relations.
Se poster à la frontière, c'est avoir envie
de la traverser !