L'homme est indéfini, il s'autodétermine par les représentations
qu'il produit de lui-même. Il crée des fictions, récits mythiques
et religieux, créations de l'art, projections qui extériorisent
son monde intérieur et visent une satisfaction psychologique,
sans valeur apodictique. En regard, il a élaboré, au terme
d'un long processus historique, les principes de la pensée
rationnelle. Celle-ci s'impose de garantir la validité de ses
énoncés en les subordonnant à des normes explicites de
construction. Elle atteint sa pleine rigueur dans le domaine
scientifique. La raison fixe ses propres limites : elle reconnait
qu'elle ne peut énoncer de vérités que relatives à leurs règles
de production. Cette conscience de ses bornes l'autorise
à dénier aux autres discours toute prétention à une vérité
équivalente à celle qu'elle produit. Elle admet aussi que ses
énoncés ne sauraient répondre à toutes les aspirations de
l'homme et que d'autres discours sont praticables. Mais ces
discours sont inévitablement arbitraires et potentiellement
contradictoires. La vie collective est marquée par ces conflits
d'idées comme par les rapports de force et d'intérêts. Sans
détenir de solutions a priori, la raison peut aussi exercer une
fonction régulatrice en matière sociale. En effet, la méthode
rationnelle offre le modèle d'une démarche raisonnable, fondée
sur des normes analogues, seule à pouvoir soutenir l'éthique
de l'argumentation et la culture du débat hors desquelles nul
humanisme n'est possible.