Le vagabond en Occident
Sur la route, dans la rue
Volume 1
Au commencement de l'humanité était le nomadisme, au gré des saisons et des ressources immédiatement disponibles : chasse, pêche, cueillette ; puis vinrent l'agriculture et l'élevage, garantissant la régularité de l'alimentation et un certain confort. La sédentarisation généralisée de l'activité économique et sociale, très majoritairement ressentie comme un progrès, commença à repousser de fait le nomade en marge de la société, dans une altérité radicale. De l'incompréhension d'un mode de vie à la méfiance, puis à la répression, il n'y avait qu'un pas qui fut vite franchi. En Occident, pourtant, jamais on n'a cessé de se déplacer et de vivre (en-) dehors, par choix ou sous la contrainte. Les textes ici réunis se proposent de fixer, non pas l'image - fuyante par définition -, mais une image du vagabond dans les cultures occidentales.
Dans ce premier volume , on verra comment, du Moyen Âge à nos jours, les sociétés occidentales ont hésité entre fascination et répulsion pour un mode de vie enviable quand il est choisi (foin des contraintes !), bien que détestable (le parasitisme) et harassant quand il est imposé. On montrera que, très tôt, elles se sont dotées d'un arsenal juridique permettant de trier le bon grain (le pèlerin, la Cour royale) de l'ivraie (le mendiant, le gitan, le juif...).
La littérature s'est rapidement emparée de ces odyssées minuscules pour ne plus y renoncer, bientôt suivie des arts plastiques. Lointains descendants d'Ulysse, les vagabonds et le vagabondage y deviennent les personnages éminents - victimes ou promoteurs - de l'altérité, au service de la création et de la liberté ou, au contraire, de la défense de l'ordre établi. À la suite du pí ;caro espagnol, on assiste à une esthétisation d'un mode de vie mobile, souvent, en marge, notamment dans les littératures de langue anglaise.
Cette esthétisation trouvera son point d'orgue au XXe siècle - avec les beatniks - et au XXIe siècle, avec d'autres tribus et personnages nomades qui font l'objet du second volume.