Chaque matin, à chaque aube qui m éclate au visage, je ressens, malgré la fatigue de la veille, malgré les yeux bouffis, malgré quelquefois le plomb dans les jambes, une exultation qui me porte. J ai alors, la tentation puérile de courir de seuil en seuil, de cogner aux portes, de réveiller des inconnus maussades, pour leur dire : « Mais voyez, regardez ! Autour de vous le monde renaît. Il est beau, beau... Seuls les hommes sont laids, étriqués. Seul le mode de vie où nous nous sommes emprisonnés est terne, monotone, décourageant. La réalité est juste derrière. Égratignez-la avec les griffes aiguës de l enthousiasme. Par la fissure infime, la vie s engouffrera à flots, superbe, royale. Buvez-la. Vous n avez pas beaucoup de temps. Vous allez naître au seuil même de votre mort. Pire : on vous a faits mort-nés. Écoutez-moi ! J ai des choses à vous dire... »