La question de l'instabilité politique demeure l'une des plus constantes et
des plus marquantes de l'histoire politique de l'Afrique moderne. Elle est,
avec la pauvreté et le sous-développement, une des plus anciennes qui se
soit posée à la réflexion politique africaine. C'est une problématique qui n'a
cessé de se renouveler au fil du temps. Avec les récents événements du Mali
et de la République centrafricaine, elle apparaît encore plus actuelle que
jamais. Partout sur le continent, les conflits armés sont présentés sous une
forme cohérente, comme des antagonismes dans lesquels la caractéristique
principale est la violence exercée par les micro-nationalismes identitaires
en lutte pour leur existence. Pourtant, l'explication de l'origine et de
la multiplication des conflits armés en Afrique repose non pas sur la
cartographie des haines ethniques et des pulsions meurtrières primaires
des individus ou des groupes, mais sur la compréhension du contexte, des
pratiques et des normes politiques qui prévalent en Afrique.
L'étude de Patrice Emery Bakong replace expressément les explications
classiques en arrière-plan des déterminants de la conflictualité en Afrique.
Axée sur les conflits armés en Côte-d'Ivoire et en République Démocratique
du Congo, elle incline à trouver les causes de l'instabilité contemporaine
ailleurs, notamment dans l'analyse du jeu des acteurs tel qu'il se déroule
dans le cadre particulier des structures et des contextes politiques africains,
et propose de s'attarder sur les défis de la gouvernance, laquelle se déroule
dans un contexte de gestion privative de l'État.