Quand les conditions de travail sont difficiles et que la
conciliation entre les deux rôles - à l'usine et à la maison - l'est
d'autant plus, le travail de l'ouvrière au lieu de diversifier les pôles
identificatoires, les confrontent dans un rapport d'opposition
conflictuel. Quand le travail n'est pas prestigieux ou le salaire n'est
pas élevé, les stratégies autour desquelles se trament les négociations
de rôles se manifestent plus clairement. Si ces ouvrières oeuvrent
au nom d'une indépendance économique en partie illusoire parce
que leur salaire ne leur assure pas l'autonomie, comment se manifeste
donc le changement à travers la négociation de rôles quotidienne ?
S'il est clair que cette nouvelle insertion des femmes dans la vie
salariale implique un changement, est-ce qu'elle insuffle pour autant
une adhésion à de nouvelles représentations sociales ? Comment
les ouvrières arrivent-elles à concilier les exigences de leur travail et
la préservation d'une identité spécifique ? Il s'agit de comprendre
l'étendue de l'impact du travail à l'usine sur les rôles conjugaux, et en
quoi ce travail est un facteur de transformation des représentations et
des pratiques ? Est-ce qu'il instaure une nouvelle organisation dans la
vie familiale de la femme ouvrière ?