La manipulation
Voici donc un livre qui débute comme un thriller, mais qui par bonheur s'épanouit dans l'épique. Celui d'une certaine Algérie des années de plomb, mais aussi de revers indicibles, avec sa galerie de personnages intellectuellement déjantés. De ceux qui traînaient leurs guêtres sans un sou vaillant, mais l'espérance en bandoulière. De ceux également qui cultivaient des passions amoureuses torrides et qui s'épanchaient dans des tirades surréalistes lorsqu'ils avaient le blues. Arpenteurs des lieux jadis branchés de la capitale où s'épanouissait l'amour tarifé et veillaient les rades aux nectars douteux.
Avec eux, la « manipulation » est partout. Militants sincères ou taupes, ils finissent tous par nous être sympathiques à nous lecteurs. Car au-delà de l'assassinat de Mehdi qu'il fallait élucider, l'auteur a réussi la promesse de nous faire revisiter ces années sans pardon grâce à une écriture foisonnante parfois baroque, mais jamais approximative.
Ce livre ne se résume pas, il se lit d'abord, parce qu'il témoigne d'une époque, mais également parce qu'il y a quelque part en lui une certaine musique qui ne déplaît pas.
Mustapha Yalaoui nous donne ce premier roman qui est loin d'être un ouvrage d'apprentissage. Par sa facture littéraire et son souffle narratif, La manipulation est assurément un texte majeur.