Il faut savoir qu'avec les gémissements de l'ivresse les pierres qui s'éveillent
dans ton corps occupent tout l'espace et que la lumière se charge de tes
membres alors que ton épaule dépasse à peine du drap aucune dépouille
sonore ne restitue au désir sa clarté : il cherche en vain la répétition derrière
une porte
la pensée ne s'élève pas vers le soleil irrémédiable parce qu'il l'a déjà pensée
mais parce qu'il ne peut guérir la crainte de l'ombre de l'oracle
l'énigme suscite avec éclat au milieu du chemin les heures du provisoire
pour ceux qui croient que la terre ne change pas la vie l'incohérence du
regard est la nourrice fidèle d'un ciel contaminé dont l'ouïe seule perçoit
le sens
la patience sert de passe-droit aux organisateurs du voyage chez les morts
assis à la table du banquet l'exode dissimule son aptitude à écouter les mers
qui n'oublient rien
une feuille de papier limite la pensée entre la brûlure du printemps et les fins
dernières de l'été
elle renvoie les échos des lettres avec lesquelles dans une calligraphie
ironique le mythe façonne désormais son absence...
Gérard Augustin, extrait de «La constance de la pensée»,
Nicosie suivi de Les banquets de Dinana
(Levée d'Ancre, L'Harmattan, 2008)