Il est urgent aujourd'hui de développer une anthropologie
philosophique renouvelée, capable d'entendre, de comprendre et
d'intégrer les défis culturels, économiques, scientifiques de notre
temps, en espérant définir et puis proposer des chemins de libération,
d'humanisation - des chemins de dignité (...).
La pensée de Berdiaeff est de ces sources restées d'une fraîcheur
surprenante, une philosophie non systématique, que l'on peut relire
avec attention et esprit critique. Sans aucun doute, on a bien des
raisons de lire Berdiaeff comme un théologien ou un penseur spirituel,
et plusieurs commentateurs l'ont fait avec succès et avec minutie.
Cela étant, l'originalité du point de vue de J. Tshingola que le lecteur
va découvrir dans l'ouvrage qu'il tient en mains, c'est de prendre
au sérieux le programme proprement métaphysique de Berdiaeff,
selon qui nous restons en recherche d'une «véritable anthropologie
religieuse et métaphysique». (...). Une dignité fondée sur la fraternité
plutôt que sur l'égalité foncière des humains, voilà qui ouvre à un
authentique personnalisme renouvelé et marqué de la finitude d'êtres
incomplets, dépendants et parents. Une telle lecture réellement
philosophique de Berdiaeff est en mesure d'affronter quelques défis
majeurs de nos cultures technoscientifiques où l'humain est mis en
question. Sur ce point, Berdiaeff rejoint S. Weil, E. Stein et quelques
autres penseurs de l'humain en danger.