Histoire et évolution sont deux modalités du devenir vital. Mais seul le dynamisme
propre à l'évolution obéit, à strictement parler, à des lois - qui sont la variabilité,
la tendance à la surpopulation et la sélectivité - tandis qu'on chercherait en vain
des lois générales qui orienteraient le cours de l'histoire. Pour autant, l'avenir
biologique n'est pas davantage prévisible que peut l'être l'avenir historique. Tout
cela n'a pas empêché de nombreux penseurs de chausser les lunettes de Darwin
dans l'espoir de distinguer des lois qui orienteraient naturellement la succession
des événements historiques.
Par ailleurs, les transformations que notre siècle a imposées à la nature semblent
n'avoir pu se faire sans que l'histoire ait empiété sur le champ de l'évolution ;
ni bien sûr sans que l'histoire ait emprunté à l'évolution certains de ses traits. Le jeu
ne serait plus seulement linguistique entre une évolution historique et une histoire
évolutive. Toute l'affaire s'inscrirait au coeur d'une réalité évolutive complexe, faite
d'une pâte unique tout à la fois culturelle et naturelle, à laquelle nos corps et nos
esprits se trouvent incorporés.