J'ai écrit ce livre pour oublier le regard que Pierre, mon copain
d'enfance, m'a adressé du fond de son lit d'hôpital où je lui
rendais une visite longtemps différée. Je savais, et il ne l'ignorait
sans doute pas lui aussi, que c'était une des dernières.
Tous deux fils de la guerre, nous resterons amis jusqu'à sa
mort dramatique. Nous avons été tellement proches l'un de
l'autre autour de cette vieille maison que nous appelions «Chez
la Tardive» que l'on peut s'attendre à ce que nous ayons eu toujours
le courage de nous dire au moins les choses essentielles.
Nos cheminements personnels divergent assez tôt. Le fait
d'habiter des régions très différentes, l'Auvergne à qui nous
restons inégalement attachés et le Languedoc-Roussillon où j'ai
fini par m'établir, accentue les différences et le regard que l'on
porte sur une société en grande mutation. Ajoutons à cette trame
quelques évènements dramatiques plus ou moins occultés. Ces
trajectoires auraient pu mettre un terme à cette très ancienne
amitié. Elle a résisté, mais le fait de n'avoir pas su ou pas pu
réellement communiquer dans les moments importants débouche
sur une fin énigmatique que des découvertes ultérieures ne
viendront que très partiellement éclairer.