Ann Rainville est une Américaine de Virginie. Férue de culture
française, elle quittera son sud natal pour Paris, à la fin des années
mille neuf cent cinquante. Après son mariage avec un jeune Créole,
elle partira s'établir en Martinique. Dans le milieu où elle tentera
de s'immerger, le mode de vie clanique semble relever d'un principe
fondateur ; aussi son union avec le fils d'une riche famille du cru
sera-t-elle récusée comme «contre nature». La notion pourrait être
prise ici au sens que lui donne Montaigne : «On appelle contre
nature ce qui est contre la coutume» ; au-delà de sa confrontation
avec la virulence des normes sociales, la jeune étrangère s'inscrit
dans le récit comme une sorte de révélateur d'un monde encore
profondément marqué par l'économie de plantation, et les rapports
aussi indéfectibles que dénaturés entre héritiers des colons et
descendants des peuples razziés d'Afrique. La narration dévoile peu
à peu cette tyrannie de l'histoire et des postures sociales qui en
découlent ; elle croise plusieurs destins dans une trame dramatique
sur laquelle passe comme un souffle de tragédie grecque où déferlent
les haines et les passions.