Le titre est audacieux, mais l'enjeu est bien là : comment
continuer à vivre ensemble quand l'irréparable a été commis ? La
réponse n'est pas simple, et Jean-Pierre Ningaïna ne la simplifie
pas. Il invite le lecteur à le suivre dans une réflexion exigeante qui
interroge différentes situations de crise sociale dans l'histoire où
mémoire, énoncé de la vérité des faits, exercice de la justice et pardon
ont été diversement sollicités, hiérarchisés, associés ou séparés pour
aboutir à des réconciliations plus ou moins effectives. Il s'attarde
en particulier sur l'Édit de Nantes de la France du XVIe siècle, sur
l'Argentine après 1985, sur les Commissions vérité et réconciliation
en Afrique du sud et sur la Conférence souveraine du Tchad de
1993. Il interroge aussi longuement des penseurs et des philosophes
(Hannah Arendt, Vladimir Jankélévitch, Jacques Derrida, Paul
Ricoeur) qui, après l'horreur nazie, ont essayé de penser la nature
et le rôle possible du pardon dans des sociétés traumatisées par des
crimes «impensables». C'est dans la tradition chrétienne de la
«communauté de pardonnés», en particulier dans le message porté
par Africae munus qui a suivi le deuxième Synode pour l'Afrique,
qu'il trouve l'ancrage le plus sûr pour donner à chacun la libre force
du libre pardon. Mais à une condition : que le pardon aille de pair
avec une justice dite et faite dans l'espace public de la société.