« D'autres ont préféré déserter. Pour moi, il n'en était pas question.
Appelé en Algérie, je n'y suis pas allé pour faire la guerre mais pour
gagner mes compatriotes à la conscience que cette guerre n'avait
rien à voir avec les intérêts de la France. Le moment était venu
de faire mon travail de militant de la paix. Paix qui ne pouvait
survenir que si les appelés comprenaient les véritables enjeux de la
pacification ».
De février 1960 à mai 1961, « au vu et au su de tout le
monde », Marcel Yanelli écrit sur des petits carnets, pendant les
opérations ou après. « Ces écrits, ainsi que les quelques 200 photos
prises là-bas, sont restés longtemps dans un coin de mon bureau.
Seuls, les plus proches de ma famille les avaient lus... » Pourquoi
sortent-ils seulement maintenant ? « Les choses doivent venir en
leur temps, celui du mûrissement par exemple... Ou encore celui du
sentiment aigu de la précarité du temps, surtout pour les gens de
mon âge qui ont vécu cette période...Celui, également, du travail
de mémoire, de réparation que la France n'a pas voulu effectuer... »
« Cette guerre d'Algérie est toujours là, dans un coin de ma tête,
dans mes émotions, dans mon bien-être et mon mal-être... ».