Parcours féministes dans la littérature et dans la société japonaise de 1910 à 1930
De Seitô aux modèles de politique sociale
La revue Seitô (traduction de l'anglais Bluestockings), parue de septembre
1911 à février 1916, première revue entièrement gérée par des femmes, sous la direction de Hiratsuka Raichô puis d'itô Noe, en permettant aux femmes de faire entendre leurs voix, a suscité un formidable engouement chez ses lectrices et un renouveau de l'écriture féminine. La créativité littéraire s'y déploie à travers les innovations thématiques et génériques
d'auteures comme Yosano Akiko, Tamura Toshiko, Yoshiya Nobuko
ou encore Nogami Yaeko. La revue devint rapidement un forum de
discussions très animées à l'origine d'un mouvement d'émancipation et
de reconnaissance des droits des femmes. C'est pourquoi la créativité des
femmes s'y exprime plus encore dans l'affirmation audacieuse de soi et
l'invention de nouveaux comportements à l'intérieur de la famille et dans
la vie amoureuse, certaines assumant ouvertement leur homosexualité,
comme dans la société civile avec la revendication par exemple d'une
protection maternelle par l'Etat. Les femmes de Seitô sont également
pionnières dans la conception d'une éthique du care et du politique via la
mise en place d'organisations sociales de soutien sur le modèle de la Hull
House. Enfin la revue a inspiré des vocations comme celle de Yamakawa
Kikue qui développa une vision plus politique et sociale que ses consoeurs.
L'objectif de ce recueil est de présenter et analyser les différents parcours
des membres de la revue Seitô dans les années 1910-1930, leur place
dans l'histoire du féminisme au Japon, la réception de leurs écrits et les
perspectives d'études qu'elles offrent encore aujourd'hui.