André Malraux ou Les Métamorphoses de Saturne
Peu d'études critiques ont accordé une place au mythe dans la pensée de Malraux. Autodidacte, ce dernier est allé au-devant de la culture ; il n'a pas été formé par l'institution. Raison ou discours, le logos n'est pas ici ce qui prime ; avec ce qu'il draine d'originel et d'irrationnel, le muthos, au contraire, inspire sa démarche.
D'Antigone à Prométhée, quelques figures fascinent Malraux. À La Psychologie de l'art, l'essayiste adjoint « Les Métamorphoses d'Apollon » . Cependant, Saturne est la seule instance mythique, qui domine tout un livre. Saturne. Le Destin, l'Art et Goya montre comment le génie multiplie les recherches techniques pour lutter contre l'irrémédiable.
Saturne : un mythe personnel ? Il interpelle d'abord Malraux en tant que penseur. Celui-ci voit en ce monstre dévorateur une parabole de la condition humaine. Mais Saturne l'interroge aussi en tant qu'esthéticien. Dès que Malraux se délivre d'un mode de penser soumis à la chronologie, d'opposant, Saturne devient adjuvant : il participe à la dynamique de la geste esthétique, soutenant l'enchaînement des imaginaires, de l'éternel à l'intemporel. Il semblerait que Malraux ait inventé les métamorphoses de Saturne.