C'est d'une histoire de familles liant de puissants
commanditaires comme les Quatrebarbes ou les
La Rochefoucauld, et d'un enthousiasme partagé
dans un cercle artistique parisien où se côtoient
Turpin de Crissé, Visconti et autres Revoil, que naît le néogothique
angevin. Il était temps : le néoclassicisme finissait par
lasser, le troubadour n'avait pas enchanté. L'Anjou compte plus
d'une centaine de châteaux de ce style. La pierre qu'on extrait de
son sol, le fameux tuffeau, si tendre, permettait toutes les hardiesses.
Au-delà des connotations sociopolitiques qu'on prête
au néogothique, Guy Massin-Le Goff démontre que, derrière
des créneaux qui ne défendent rien, ce style procède d'un ordre
serein, à la recherche du confort et de l'agrément. Et l'on ne
sera pas surpris du rôle primordial des femmes dans cette aventure.
Certes nourri d'érudition médiévale, le néogothique est
ici débarrassé de toute espèce de nostalgie. C'est un art enjoué
qui nous apparaît, riche de couleurs, d'«amusantes extravagances».
Conservateur des Antiquités et objets d'art
de Maine-et-Loire, l'auteur a pu, des années
durant, visiter une à une ces demeures privées,
que le goût du XXe siècle avait cru pouvoir négliger.
Ainsi nous est offert l'inventaire d'un prestigieux
patrimoine, aussi foisonnant que fragile.