Il y a un peu plus d'un an disparaissait Pierre Messmer,
et avec lui l'incarnation séculière d'«une certaine idée de la
France». Séculière car Pierre Messmer ne fut et ne voulut être
que lui-même, un homme donc, doué à la fois de hauteur et de
lucidité, habité du plus total désintéressement, vertus qu'il mit
sans compter au service de son pays. Un serviteur, oui. Ce fut
sa grandeur. Héros par la force des armes, il voulut n'en retenir
que le mérite du devoir accompli ; administrateur colonial,
il encadra avec tact la marche à l'émancipation ; ministre des
Armées, il introduisit une pondération toute philosophique
dans le code de discipline militaire ; chef du gouvernement,
il ne maintint le pays sur la voie du «tout nucléaire» que dans
l'idée supérieure de garantir son indépendance... Sur le chemin,
impeccable, littéralement, il ne sème que des pierres blanches.
Pour être exposé, l'homme n'en fut pas moins discret. Sa vie
ne se lit encore qu'à travers les grandes lignes. Une biographie
reste à venir. Néanmoins, alors que nos contemporains peinent
à se trouver des exemples, il nous a semblé que l'épopée
laconique de Pierre Messmer pouvait éclairer la voie. C'est
le sens de cet album de portraits pour la plupart inédits,
rehaussé de l'hommage que lui ont rendu MM. Maurice Druon,
Jean Mesnard ou encore Gabriel de Broglie, son successeur
à la chancellerie de l'Institut de France.