Les «bourgeois honorés» créés sur le modèle des «citoyens honorés» de
Barcelone furent depuis 1449 à Perpignan les principaux acteurs de la vie
municipale mais leur influence s'étendait bien au-delà des limites de la ville.
Leur position dominante dans la société roussillonnaise des XVIIe et XVIIIe
siècle était le fruit d'une évolution qui depuis le XIIIe siècle avait vu l'émergence
du phénomène urbain et l'avènement d'une bourgeoisie d'affaire laquelle à
l'instar de celle de Barcelone s'était affirmée, et considérablement enrichie,
au fil du temps. L'occupation de Perpignan par les troupes de Louis XIII
en 1642, suivie de l'annexion du Roussillon par la France dix sept ans plus
tard, créèrent un véritable traumatisme dans la société roussillonnaise, et
notamment parmi la noblesse et la bourgeoisie. L'institution des «bourgeois
honorés» de Perpignan, maintenue malgré les profonds bouleversements
politiques, se trouvait constituer un corps étranger au sein de la société
française. Jouissant d'un statut hybride inconnu en France, à mi-chemin
entre la noblesse et la roture, dans une société où la promotion des classes
bourgeoises était depuis longtemps une réalité, ils manifesteront leur désir
de se voir reconnaître leur appartenance au second ordre, encouragés en
cela par le mouvement général des idées qui agitaient le XVIIIe siècle. Il
s'ensuivit une procédure commencée devant le Conseil d'Etat en 1738 dont
les archives ont conservé l'abondante documentation. Au-delà de «l'affaire»,
c'est la vision d'un monde pas aussi révolu qu'on le croit que l'auteur nous
invite à découvrir.